TOMBEAU POUR LES RARES (articles, notes, émissions de radio, photos)

Charles Dobzynski  
(Europe)
Richard Blin                
(Le matricule des anges)
Pierre Dhainaut  
(Revue diérèse)
Stéphane Beau 
(Le magazine des livres)
Julien Hertz 
(Centre Européen de Poésie 
d'Avignon)          
Jacques Sterchi             
(La Liberté)
Christian Noorbergen  
(Art tension)     
Patrick Flaschgo            
(L'ardennais)
Aline Louis





Ils furent vaincus, ils étaient invincibles

Ils se nomment, entre autres, François Villon, Arthur Rimbaud, Vincent Van Gogh, Léon Bloy, Antonin Artaud, Laure, Roger-Gilbert Lecomte, Gérald Neveu, Colette Thomas, Jacques Prevel, Maurice Blanchard, Jean-Pierre Duprey, André Laude...ce sont ceux que Nicolas Rozier appelle les "rares". Il vient de rendre hommage dans une suite de portraits, ce "tombeau", à quelques-uns d'entre eux. Pas plus qu'il n'a voulu établir un inventaire exhaustif, il n'a prétendu respecter une hiérarchie. Plusieurs sont célèbres, de certains les livres restent encore peu accessibles, qu'importe à Nicolas Rozier puisqu'ils lui sont également nécessaires.
Qu'ils peignent ou qu'ils écrivent, les "rares" sont avant tout des poètes. Ils demandent de franchir des frontières, et d'abord celles qui opposent les moyens d'expression. La figure majeure est, ici, celle d'Artaud : que l'on se souvienne des visages qu'il a dessinés, que l'on regarde ses manuscrits de Rodez et d'Ivry, on constate que la main a vite fait de passer dans l'ardeur de l'écriture au dessin. Nicolas Rozier lui-même autant que peintre est poète. Dans l'Ecrouloir (Editions de Corlevour 2008), le texte que lui inspire un des derniers dessins d'Artaud justement se délivre des régles de la critique au profit des valeurs lyriques du rythme et des images. Et davantage, les "rares" n'admettent pas que l'œuvre et la vie soient séparées. Ce qui ne va jamais sans de très graves conflits. En témoignent, pour la plupart, ces enfermements, ces morts précoces, accidents, maladies, suicides. Nous ne lisons pas impunément une seule de leur pages, et même si nous ne connaissons pas toujours leur biographie, nous éprouvons aussitôt quel a été l'enjeu de leur œuvre ou de leur vie, une exigence absolue de desserrer l'étau qui nous entrave et d'atteindre à l'air libre. On les a qualifiés de maudits, Nicolas Rozier refuse cette épithète. Invoquer une malédiction - la folie, par exemple - donne bonne conscience à ceux qui les décou-vrent après coup. N'est-ce pas sur nous que pèse la véritable malédiction, celle de la paresse, du contentement de soi, de la pesanteur qui interdit l'éveil? Les "rares" ont souffert, ils étaient fragiles, ils n'étaient pas faibles : rien de plus vif que leurs poèmes, rien de plus perçant que leur vue. "Rares" oui, exceptionnels, tous sont insoumis, indépendants, inclassables, tous sont des dissidents, non seulement de l'ordre établi, mais des avant-gardes mêmes. Ils furent vaincus, ils étaient invincibles. C'est bien ce que Nicolas Rozier exalte.
Loi d'être l'espace d'un culte funèbre, le "tombeau" tel qu'il le bâtit est un lieu d'apparitions, de forces intenses, de cris qui raniment : nous le ressentons dès le premier contact. Dans l'Ecrouloir, Nicolas Rozier définissait le dessin d'Artaud comme "un rite de frôlement allumant partout la mèche de stridence jusqu'à faire sauter la carrière" et rendant "à la vie son héroïsme perdu". Dans ses propres tableaux de vastes formats identiques, Nicolas Rozier n'a recours qu'au noir et au blanc, les traits se multiplient comme ils se brisent, ils se resserrent comme ils irradient : c'est ainsi que des corps s'engendrent de la nuit, se dressent, vacillent, dans leur précarité, dans leur toute-puissance aussi bien, c'est ainsi que se devinent des visages. Plutôt que la ressemblance littérale, Nicolas Rozier a recherché la "justesse explisive" (je cite un de ses poèmes, dans l'espèce amicale), cette justesse, n'est-ce pas "la beauté sifflante du vent/dans les traits" dont parlait l'Ecrouloir et qui nous permet de reconnaître au passage l'auteur de Derrière son double ou de Fournaise obscure? D'autres traits autour des figures strient l'espace, un fouillis inextricable, jusqu'à ce que nous apercevions quelques signes en rapport avec l'œuvre, une croix, une roue, fréquemment des ruines, mais une fois de plus nous assistons à cette métamorphose paradoxale qui veut que l'écroulement se change en surgissement et que la violence s'ouvre car elle aspire à plus d'amour.
Nicolas Rozier ne nous invite pas à la pure contemplation : nos regards se déchirent, ils vont chercher au plus intime de nous-mêmes comme au-devant, une origine qui se dérobe, un horizon inaccessible, de quoi pourtant nous soulever, corps et âme et langage, sans cesse, sans réserve.
Pierre Dhainaut, revue diérèse n°50, automne 2010.

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Première surprise : on prend cet ouvrage dans ses mains, comme si l’on soulevait une stèle. Une stèle légère pourtant, presque aérienne.
Tombeau pour les rares échappe aux classifications. Il se situe dans la singularité, et, paradoxalement, dans la pluralité en raison du panorama qu’il propose : 29 auteurs, sans compter les disparus, les « rares» justement, qui sont au nombre de 27. Le format du livre, la sombre splendeur de son iconographie, feraient penser à un livre d’art. Mais c’est plutôt un livre d’air, tant il est parcouru par le cyclone de l’inspiration. Nicolas Rozier, peintre de la nouvelle génération – à qui l’ on doit aussi chez le même éditeur, une magnifique prose poétique, l’Ecrouloir -  a conçu un vaste réseau de mémoire, qui inclut  poèmes et textes écrits spécialement pour des écrivains et des poètes qui ne sont plus, qui se font « rares » pour des raisons diverses. Ils ont été choisis par l’artiste parce qu’ils lui tiennent à cœur, et non pour instituer une hiérarchie plus ou moins élitaire. Et ce sont d’autres poètes et écrivains, ceux d’aujourd’hui, qui les évoquent, les repensent, les imaginent, les font resurgir de l’ombre, parfois de l’oubli, ou de l’indifférence, non pour leur apporter une quelconque caution, ou les placer dans l’aura d’une exégèse savante, mais pour former la chaîne entre les vivants et les morts, pour rétablir les maillons perdus des voix et des chants.
          Un réseau de mémoire est un instrument particulier qui ramifie non seulement les souvenirs mais les fibrilles du cœur, les passages mystérieux d’un être à l’autre, les interstices de la parole dont il faut combler les lacunes et rétablir les connexions entre le passé et le présent. Mais un poète mort n’est pas, on le sait, un poète nécessairement absent : Ni François Villon, ni Baudelaire, ni Arthur Rimbaud, ni Antonin Artaud ( pour lequel Nicolas Rozier ne cache pas sa prédilection ) ne sont absents. Et même si beaucoup se sont éclipsés, dans des circonstances parfois dramatiques ( Jean-Pierre Duprey, Armand Robin, ou Benjamin Fondane, déporté à Auschwitz ) les fils que leur œuvre a tissés ne demandent qu’à être renoués par d’autres mains, afin que soit recomposée l’immense toile des mots.
         Que les poètes, en règle générale, soient des individus plutôt rares, quand ils ne sont pas une espèce en voie d’extinction, c’est une évidence qui n’a plus besoin d’être démontrée. Mais ce sont aussi, sinon, des suicidés de la société, du moins des rebelles invétérés, par la vocation même qu’ils assument. Et Pierre Dhainaut nous le précise : «  A ces rebelles Nicolas Rozier ne se contente pas de rendre hommage. Il se révèle leur complice » Et c’est cela qui confère à l’ouvrage sa dimension sans pareille : la connivence des écritures d’hier et d’aujourd’hui, le surgissement au moyen des graphismes agencés de page en page par l’artiste, d’une véritable partition, d’une polyphonie des voix et des signes. Une geste de la mémoire, où le dessin devient dessein, aventure de l’esprit : les morts qui nous habitent ne sont pas des Lazare qui ressortiraient du tombeau, mais le bouche à bouche des mots ranime en eux les mots perdus.
      la rareté n’est pas ici l’essentiel, ni le point focal d’un destin, quel qu’il soit. Ce qui importe, c’est la durée, c’est l’inscription des mots dans la matière des frémissements, des germinations, des syntaxes de la terre et de la mer, dans le mobile et l’inamovible.  C’est ce que nous retrace ce grand livre où les pages sont occupées par l’immense peuple des ombres. Elle ne ressortissent pas d’une esthétique, mais d’une chorégraphie mentale. Ni abstraction, ni figuration : un tourbillon virevoltant d’images, des traînées lentes ou des encrages volubiles,  des apparences en voie de segmentation et des formes en mouvement, comme si elles tentaient, lambeau après lambeau, loque par loque, de s’arracher à la glu de la nuit et à la pesanteur de l’oubli. L’art de Nicolas Rozier n’est pas celui d’un cérémonial funèbre, mais d’un choral de l’éveil. Ses portraits modelés dans les effilochages, les enchevêtrements les étirements, à la Giacometti,  les étoilements en expansion ne sont pas des formes muettes, mais assourdies comme des voix qui recherchent leur timbre.  Les spectres déchirent le rideau de l’anonymat pour occuper la scène de la       suggestion, à la limite de l’hallucination.
       Et les poètes qui ont concouru à cette entreprise se sont tous montrés à la hauteur du projet proposé. On ne saurait les citer tous, sans risquer l’inventaire ou la nomenclature. Les deux textes d’ouverture, celui de Pierre Dhainaut et de Marcel Moreau, sont exemplaires. Ce dernier, d’emblée, donne à l’ensemble son exacte signification :
      De la manière « forte » dont il réactualise ses rares en y ajoutant leur portrait en écartelé pour la bonne cause, celle des transports au-delà de soi-même, l’artiste accentue en profondeur la qualité prémonitoire de leur rapport aux mots. De la prémonition à la prophétie, il n’y a parfois que la distance d’un remous spasmodique de la conscience et d’un souffle féroce de derrière les  « ergots ».
       Je serai tenté de citer à corps perdu, à regard-que-veux-tu… Je me limiterai à mentionner quelques-uns des rares : François Augiéras, Léon Bloy, Paul Chaulot, Luc Dietrich, Roger-Gilbert Lecomte, Gérald Neveu, Jacques Prevel, André de Richaud, Vincent Van Gogh, Ilarie Voronca, Stanislas Rodanski… Et les auteurs qui sont, comme Virgile, leur guide dans le cercle de la disparition :  Jean-Yves Masson, Zéno Bianu, Michel Fourcade, Jacques Ancet, Eric Brogniet, Yves Buin… Forcément j’en laisse de côté avec regret. Mais on les retrouvera tous dans ce qui est sans doute un tombeau – au sens où l’entendait Mallarmé, dans son « tombeau d’Edgar Poe » - mais plus qu’une pyramide d’hommages circonstanciels, une source inépuisable d’images auxquelles les mots des poètes infusent une énergie nouvelle. Qu’on me permette de ne prendre pour point de référence qu'un extrait du texte de José Galdo en hommage à Francis Giauque : "Quand il n' y a plus qu'un corps pour jouer au vivant s'ouvre alors, irrémédiable, l'angle mort du miroir de la vie. Le sommeil ultime devient la splendeur béante avec le désir de s'y endormir. Havre d'éternité dans le berceau de la terre, dans cette infinie douceur blanche de lumière retrouvée aux confins de soi dans sa mise en silence...".
      
                                                   Charles Dobzynski, Europe n°979-980,
novembre-décembre 2010
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Regards posthumes
   
Au soleil noir de la rareté comme au cœur de l’orage, leur œuvre flamboie comme les rosiers sauvages. Hommage de vingt-sept poètes d’aujourd’hui à vingt-sept de leurs frères.
N’en déplaise aux tenants d’une mise à plat de toutes les valeurs culturelles – appelées à s’équivaloir sinon à s’échanger -, et quoi qu’en pensent ceux qui aimeraient faire de la poésie un antidépresseur, les vrais poètes sont des êtres en dissonance avec le monde, des êtres qui contre-pensent, inventorient nos manques et nos abîmes, assument la détresse souveraine des noirs désenchantements. Ces poètes que hante la question de savoir comment être dans ce monde tout en n’y étant pas vraiment, Nicolas Rozier - l’auteur de L’Écrouloir, sur un dessin d’Antonin Artaud (Corlevour, 2008), poète et peintre né à Reims, en 1971, comme Roger Gilbert-Lecomte – les appelle des rares. Incendieurs d’apparences, guetteurs mélancoliques, quêteurs de l’essentiel, tous connurent ou vécurent la sauvage impossibilité de s’en tenir à ce qui est. Hommes ou femmes, ils sont de ceux qui cherchent, entre innocence et ivresse d’être, dépossession et révolte, l’inatteignable. Dans l’obscur de leurs certitudes, dans l’expérience de la séparation, le combat contre les limites, les évidences éclatantes ou meurtrissantes, ils auront cherché la voie jusqu’en l’extrême saillie de leur vie, ces « suicidés de la société », comme Van Gogh et Artaud lui-même. Des récalcitrants, des réfractaires qu’unit la même « fragilité surpuissante » et qui ont nom Gérald Neveu, Paul Valet, Stanislas Rodanski, Ilarie Voronca, Alain Borne, Francis Giauque, Unica Zürn, Maurice Blanchard, Collette Thomas, Jean-Pierre Duprey, Jacques Prevel…
            Ils sont vingt-sept, à qui Nicolas Rozier, dans un premier temps a rendu hommage en faisant leur portrait, non pas en cadrant leur visage, mais au contraire en se délivrant du déjà vu, de la ressemblance photographique, en œuvrant au croisement de son univers pictural et de celui du poète concerné. Peinture en noir et blanc, sur toile, dans un format unique. Echos, épure, rythme, relief et tourbillons s’allient pour rendre visible l’effervescence interne, la stupeur d’être, la douleur en dérive ou la beauté convulsive de ceux qui écrivirent si souvent adossés à la mort. Une peinture tout en tensions et latences, donnant visage à ce qui se déchire comme à ce qui s’accomplit. Une sorte de poésie calcinée, en osmose avec le dessein interne de chaque œuvre. A la fois donc, portrait de l’œuvre et biographie dramatisée en nœuds de lignes, traînes de tempêtes noires, brasier blanc d’où émergent des silhouettes, des formes épousant la force qui les meut. Des évocations qui se veulent chambres d’échos et invitation à se plonger dans l’œuvre de ces rares, dont on trouve la biographie succincte et la bibliographie à la fin du volume.
            Car ce livre-catalogue ne se contente pas de proposer la galerie peinte de vingt-sept auteurs, morts. En effet Nicolas Rozier a demandé à des auteurs vivants, des poètes d’aujourd’hui, d’autres rares, dont les écrits sont en correspondance plus ou moins subtile ou secrète avec ceux de leurs frères, d’écrire un portrait qui accompagne chacune des peintures. Des duos où l’on retrouve Yves Buin, Pierre Dhainaut, Marie-Claire Bancquart, Patrick Kremer, José Galdo, Jean Yves Masson, Zéno Bianu, Jean-Yves Bériou, Charles Dobzynski, Olivier Penot-Lacassagne, Eric Brogniet et bien d’autres. C’est ainsi que Tombeau pour les rares compose un lieu de mémoire, propose un cadre à une sorte de lyrisme de la glace et du feu, de l’ombre et de la lumière. Un tombeau fleuri d’intensités aussi aveuglantes que cardinales.
                                                                                
Richard Blin, le Matricule des anges, 2010
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Quel beau livre que ce Tombeau pour les rares. Visuellement déjà, grâce à son large format et à sa sobre couverture noire sur laquelle les mots blancs du titre éclatent et s'évasent, tel un calice. Mais beau aussi par son contenu qui, malgré le nombre et la diversité des auteurs, présente une homogénéité assez remarquable.
Le principe? Vingt-sept auteurs qui ont profondément marqué Nicolas Rozier sont doublement revisités : par lui-même, tout d'abord, sous forme graphique, puis par un autre auteur qui, sur un mode biographique, hagiographique ou poétique, en trace un portrait-hommage.
Une grande partie du charme de ce Tombeau pour les rares relève selon moi de son aspect paradoxal. En effet, il représente une étonnante alliance entre la sensibilité la plus personnelle de Nicolas Rozier, qui nous dévoile ici quelques-uns des pans les plus intimes de son jardin secret, et une forme d'universalité du ressenti dans laquelle nous pouvons tous nous reconnaître. Car des rares, c'est-à-dire des auteurs avec lesquels nous sommes indéfectiblement liés, malgré les siècles, les pays, les langues, les cultures, des écrivains, des penseurs, des poètes, avec lesquels nous vibrons dans une osmose que nous ne retrouvons pas avec les plus proches de nos proches, nous en avons tous, dans nos panthéons personnels. Que sommes-nous d'autre finalement, lorsqu'on nous ramène à notre plus simple individualité, que des cimetières virtuels que le temps qui passe se charge de peupler de tombeaux?
Les Rares que Nicolas Rozier salue ici ne sont bien sûr pas les mêmes que ceux que nous aurions salués, mais cela n'a pas d'importance : si le choix de tel ou tel auteur ne nous parle pas en soi, la raison pour laquelle il a souhaité lui ériger un tombeau ne nous laisse pas indifférents. Car, comme le dit très bien Michel Fourcade, citant Jacques Maritain, "il faut exister avec nos morts". C'est cela que nous rappelle avant tout ce Tombeau pour les rares. Dans la galerie des auteurs célébrés, nous croisons des "stars" assez unanimement loués : Bloy, Villon, Baudelaire, Artaud ou Fondane (magnifiquement présenté par Charles Dobzynski), mais aussi des poètes plus discrets, moins connus du grand public : Alain Borne, Paul Chaulot, Gérald Neveu...
Les illustrations de Nicolas Rozier, nerveuses, fantomatiques, cimentent magnifiquement le livre. A noter que, parmi la trentaine d'auteurs rassemblés autour du projet, nous retrouvons avec grand plaisir des personnalités telles que Guy Darol ou Marie-Claire Bancquart.

Stéphane Beau, le Magazine des Livres.
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Tombeau pour les rares est d’abord un objet d’une remarquable facture et d’une troublante beauté. Le titre est inscrit comme sur une stèle sur ce grand livre noir, en lettres blanches, sobres, imposantes. Monumental dans tous les sens du terme, il présente une suite de 27 portraits d’écrivains, des écrivains que Nicolas Rozier n’a pas vraiment choisis, mais qui se sont imposés dans son parcours, détenteurs d’une telle force d’éveil, d’un tel secret d’intensité qu’ils n’ont jamais cessé d’en nourrir les visions et d’en accompagner les paroxysmes. Pour chacun de ces « Rares », Nicolas Rozier a demandé un texte à un auteur vivant, portrait scripturaire qui fait diptyque avec le portrait peint et témoigne en faveur de la contemporanéité des figures, des oeuvres qu’ils évoquent. Ainsi, Pierre Dhainaut rencontre Maurice Blanchard ; Jacques Ancet, Alain Borne ; Charles Dobzynski, Benjamin Fondane ; Éric Brogniet, Armand Robin. « Nicolas Rozier fait oeuvre éminemment « printemporelle » en retournant son Tombeau pour les rares dans le sens d’une culmination de florilèges », écrit Marcel Moreau dans son introduction. Ses « dessins sur toile », comme il les nomme, n’ont rien, en effet, d’une galerie mortuaire, mais parlent d’un mystère, celui d’un déchaînement de poésie, donc de souffle, à la place – laissée vide – de corps que le souffle a quittés. Les « Rares » que nous voyons apparaître au cœur de ces esquisses dansantes, torsadées, intériorisées, ne donnent pas l’impression de disparaître dans la nuit. Au contraire, nous les sentons venir à nous, dans l’aube d’une absence un instant révulsée. Et c’est eux alors qui nous font vivre, à nous vivants, une part de cette intensité qui est la leur, et dont l’urgence est aujourd’hui de feu.


Julien Hertz pour le Centre Européen de Poésie d'Avignon, mars 2011.

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Poète et artiste peintre français né à Reims et résidant en Belgique, Nicolas Rozier est le maître d'oeuvre du livre d'art Tombeau pour les rares paru aux éditions de Corlevour en 2010.
À l'origine du projet, une série de toiles, vingt-sept portraits « intérieurs » réalisés entre septembre 2008 et novembre 2009 par Rozier lui-même en mémoire d'écrivains, aujourd'hui disparus, qui ont marqué son parcours d'artiste. Parmi eux, Villon, Baudelaire ou encore Gaillard et Prevel sont mis à l'honneur à travers des toiles uniques représentant des silhouettes noires sur fond blanc. Une peinture sombre et sobre tout en mouvement et en rythme, reflet de l'âme souvent tourmentée de ces poètes immortels. Dans son avant- propos, Nicolas Rozier évoque la rencontre fusionnelle entre l'écrivain et son portrait:

« Entre les rares et leur portrait, la ressemblance n'est pas un chantage. Le portrait connaît assez les coups de serpe des visages les plus forts pour trouver de lui-même leur statuaire. Le portrait et les rares sont de la même race décimée. Je les ai laissés se trouver. »

Pour réussir le défi qu'il s'est lancé, celui de réunir en un même lieu, le tombeau, les artistes qui lui tiennent à cœur et leur rendre un ultime hommage, Nicolas Rozier a invité une trentaine d'auteurs contemporains à écrire sur leurs prédécesseurs, en écho aux dessins réalisés. On retrouve dans ce panel des couples, tantôt étonnants, tantôt évidents, tels que Pierre Dhainaut et Maurice Blanchard, Alain Hobé et Colette Thomas, Eric Brogniet et Armand Robin, etc. Tombeau pour les rares est donc envisagé comme une œuvre à trois voix où la peinture et la littérature d'hier et d'aujourd'hui ne font plus qu'un.

Ce triptyque littéraire et pictural se clôt par un texte de Patrick Krémer intitulé « Le soleil noir de la rareté ». L'auteur y pose une question capitale, celle de la rareté en littérature. Quels sont les éléments qui permettent à certains auteurs de se distinguer en offrant une œuvre intemporelle et immortelle? Autrement dit, quel est le point commun entre les vingt-sept poètes présents dans l'ouvrage de Nicolas Rozier? La réponse avancée par Krémer est d'une justesse implacable:

« Une même dévastation originelle unit tous les poètes de ce Tombeau, une même implacable lucidité, une même brûlure, un même échec face à l'adversité de la vie. Tous, parce qu'elle ne peut sans danger pour elle accepter la rareté, sont en somme des suicidés de la société. »

Lieu de mémoire, Tombeau pour les rares est un ouvrage tout en finesse et en émotion, témoignage de l'amour sincère et du respect que porte la nouvelle génération à une littérature du passé encore bien vivante.

Aline Louis pour la Maison de la Poésie de Namur.

coupures de presse :
MUSÉE RIMBAUD & MÉDIATHÈQUE "VOYELLES"
Exposition du 20 mars au 9 mai 2010









Rencontres / Lectures du 24 avril


Avec Pierre Dhainaut



Arlette Albert-Birot, avec, au deuxième plan, Christophe Van Rossom et Eric Brogniet que l'on aperçoit


Réginald Gaillard sur la gauche, et au fond Zéno Bianu face à Arlette Albert Birot

Les six invités du soir : Christophe Van Rossom, Pierre Dhainaut, Eric Brogniet, Zéno Bianu,
Olivier Penot-Lacassagne, Marie-Hélène Popelard, avec, au centre, la regrettée Arlette.







Les rares au Musée Rimbaud














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HALLE SAINT-PIERRE
Périphérie du Marché de la Poésie
Exposition du 2 au 30 juin 2010


Rencontres / Lectures du 3 juin









Pierre Dhainaut au balcon de la Halle Saint-Pierre



Yves Buin

Zéno Bianu




Rencontres / Lectures du 5 juin




Muriel Richard-Dufourquet



Didier Manyach

Alain Marc